Publication : Signés Malraux : André Malraux et la question biographique

(English below)                

sous la direction de
Martine Boyer-Weinmann
et Jean-Louis Jeannelle

 

M. Boyer-Weinmann et J.-L. Jeannelle (dir.), Signés Malraux. André Malraux et la question biographique

Paris, Classiques Garnier, coll. Rencontres, 2016, 359 pages, 39 €
EAN : 9782812450983

Ces dernières années, de nombreuses publications ont éclairé d’un nouveau jour la puissance contemporaine du « mythe André Malraux ». N’est-ce pas lui qui décela dans Néocritique que l’individu avait atteint son apogée au xixe siècle (« de Rousseau à Napoléon, de Napoléon à Zarathustra, de celui-ci à Barrès et à Gide »), et diagnostiqua que, « soufflé par la bombe atomique », celui-ci se dissipait « en nous léguant la biographie » ? Cette réflexion collective est placée sous le signe intellectuellement complice de Jean-François Lyotard et de son Signé Malraux. Est ici interrogé le rapport éminemment contradictoire, fait de fascination et de répulsion, que Malraux entretint à la question biographique, et la passion plus ambiguë encore que sa propre existence n’a cessé d’alimenter, au risque souvent de masquer la complexité de son œuvre littéraire. 

Martine Boyer-Weinmann, professeur de littérature à l’université Lumière Lyon 2, dirige l’équipe de recherche « Passages XX-XXI ». Elle est l’auteur de La Relation biographique (Seyssel, 2005) et de Vieillir, dit-elle (Seyssel, 2013).

Jean-Louis Jeannelle, professeur à l’université de Rouen et membre de l’IUF, a publiéMalraux, mémoire et métamorphose (Paris, 2006) et Films sans images : une histoire des scénarios non réalisés de « La Condition humaine » (Paris, 2015). 

(English)
Publisher’s presentation – Classiques Garnier
Echoing Signé Malraux by Jean-François Lyotard, this collection explores Malraux’s eminently contradictory rapport, made up of fascination and repulsion, with the biographical question and the still more ambiguous passion that his own existence continued to feed, often at the risk of masking the complexity of his literary œuvre.

Editors:

Martine Boyer-Weinmann, professor of Literature at Université Lumière Lyon 2, head of research program “Passages XX-XI”. Author of La Relation biographique (Seyssel, 2005) and of Vieillir, dit-elle (Seyssel, 2013).

Jean-Louis Jeannelle, professor at Université de Rouen, member of IUF (Institut Universitaire de France). Author of Malraux, mémoire et métamorphose (Paris, 2006) and of Films sans images : une histoire des scénarios non réalisés de « La Condition humaine » (Paris, 2015). 

                    TABLE DES MATIÈRES/ TABLE OF CONTENT

Martine Boyer-Weinmann et Jean-Louis Jeannelle :  Introduction 

CONSIGNER : NOEUDS BIOGRAPHIQUES

Jean-Claude Larrat : Malraux et son mythe (ou) Comment un écrivain échappa à sa biographie.

Si André Malraux découragea les intellectuels des années 1930 d’enquêter sur sa biographie, c’est parce que, chez beaucoup d’entre eux, le désir de mythes socialement efficaces l’emportait alors sur le désir de vérité historique. Mais dès 1933, André Malraux participe personnellement à la vie politique française et gage ainsi ses romans sur son action publique : il abandonne alors le dispositif fictionnel, grâce auquel il avait écarté, dans ses premiers romans, le regard biographisant.

– Gisèle Sapiro : Malraux entre champ littéraire et champ politique. 

La trajectoire d’André Malraux, écrivain devenu ministre de la Culture, est révélatrice de l’évolution des rapports entre champ littéraire et champ politique de 1920 à 1960. Elle dénote la politisation du champ littéraire et la constitution de la culture comme catégorie d’intervention publique. Ses compétences sur les cultures asiatiques et sa promotion du relativisme culturel, se trouvent reconverties dans le champ politique après la guerre.

– David Pettersen : Années 1930, la croisée des chemins. Lectures auto/biographiques et fictions polémiques.

Cet article s’appuie sur la multibiographie de Maurice Serra, Les Frères séparés(Paris, 2008), pour analyser le dandysme dans les romans politiques publiés durant les années 1930 par André Malraux, Pierre Drieu La Rochelle et Louis Aragon. Il repère les échos, les lectures, et les critiques réciproques entre ces trois « frères » et montre de quelle manière la mise en scène du dandysme conduit à réfléchir sur les liens entre engagement et écriture, et sur la valeur de la littérature.

– Hélène Baty-Delalande : Malraux/Drieu. « Faire époque » ? 

La référence à Drieu nourrit ou altère le propos biographique sur Malraux. Consonance tragique de deux vies, résonance troublante des parcours, malgré la dissonance évidente des choix éthiques et politiques, aux yeux des critiques et des biographes, reconnaissances équivoques de Drieu lecteur de Malraux : ces diverses façons de les rapprocher contribuent à la remythification paradoxale de chacun d’eux, promus ennemis chevaleresques ou hérauts contradictoires d’une génération perdue.

– Jacques Lecarme : La réduction au biographique. 

« Tomber sous le coup d’une biographie », c’est la hantise des héros d’André Malraux qui ne veulent pas s’y laisser réduire. Avec le livre posthume sur Thomas Edward Lawrence, Le Démon de l’absolu, André Malraux signe sa seule biographie. Cet article compare l’entreprise biographique de Malraux et les mémoires de Thomas Edward Lawrence, Les Sept piliers de la sagesse et montre que la biographie, comme genre, reste inférieure aux mémoires ; et la troisième personne à la première.

ASSIGNER : MALRAUX ET SES BIOGRAPHES

– Jonathan Barkate : Les témoins de Malraux.

Fasciné par André Malraux, son entourage a longtemps donné de lui une image mythique, confortée par l’écrivain lui-même dans son projet antimémorial. La typologie des témoins dans le temps dessine quatre périodes et révèle que le mythe ébauché dès les années 1940 s’est affirmé jusqu’après la mort d’André Malraux, bien que celle-ci ait libéré la parole de certains proches et marqué le début de la démythification.

– Lucas Demurger : La haine André Malraux. Rhétorique de l’antimalrucianisme après 1947.

Si tout au long de sa carrière André Malraux a suscité bien des admirations, il a également provoqué des manifestations de rejet haineux. La rhétorique de l’antimalrucianisme a ses thèmes et stéréotypes, ses théoriciens, ses variations idéologiques et ses déclinaisons plus contemporaines. Les différents textes évoqués esquissent ainsi une « contre-biographie » d’André Malraux, rivale aussi bien du discours hagiographique que des textes composant Le Miroir des limbes.

– Claude Travi : Quelle biographie pour l’artiste ?

Dans un texte de 1951 consacré à Jean Fautrier, André Malraux constatait : « Les biographies des artistes ne m’intéressent que par les événements – assez rares – qui modifient leur art. » Loin d’y voir une volonté de l’écrivain d’occulter son « petit tas de secrets », cet article développe le paradoxe qu’une biographie est le contraire de l’écriture, sauf si elle est imaginaire ou écrite par un autre artiste, et s’appuie sur l’exemple d’Octavio Paz écrivant celle de Sor Juana Inès de la Cruz.

– Dolorès Lyotard : L’hypothèse autographique de Jean-François Lyotard.

Quels arguments de pensée commandent la « biographie », Signé Malraux, donnée par Jean-François Lyotard ? Comment les « Quinze propositions pour une biographie de Malraux » dont il a accompagné son essai, éclairent-elles la genèse du livre ? Nous verrons que l’œuvre de Malraux obéit à un geste de signature, dit « autographe », réclamant que le corps de l’auteur soit appelé à vivre en ses limites, exige la vie contredite, voire sacrifiée puisque renommée sous la seule condition de ce que Malraux appelle création.

– Jean-Louis Jeannelle : Outre-tombe des Mémoires. 

La consultation des manuscrits de Signé Malraux révèle que Lyotard a écarté de sa biographie toute une réflexion sur la nature de son projet, inspirée desAntimémoires. Mon hypothèse est que le déséquilibre chronologique de Signé Malraux et son déplacement de différents enjeux théoriques dans Chambre sourderévèle chez Malraux une crise du mémorable ayant atteint son acmé dans les années 1970 et dont Le Miroir des limbes est à la fois l’expression et la résolution.

Annexe 1. Jean-François Lyotard, la mêlée : la guerre de Malraux.

Annexe 2. Jean-François Lyotard, quinze propositions pour une biographie de Malraux.

Annexe 3. Jean-François Lyotard, « La Vie de Malraux doit être lue comme recueil de légendes ».

CONTRE-SIGNER : MALRAUX BIOGRAPHE

– Laurent Douzou : « Tout commença par un mystère de légende ». Une relecture de l’oraison funèbre du 19 décembre 1964.

Puissante dans l’instant, restée vive dans la mémoire collective, l’oraison funèbre prononcée par André Malraux pour l’entrée de Jean Moulin au Panthéon, le 19 décembre 1964, est plus complexe qu’il y paraît. Cette éclatante commémoration fut, en réalité, aussi une cérémonie privée. Son ordonnancement comme la teneur du discours d’André Malraux peuvent être décryptés à un double niveau, celui d’une foule saisie par une rhétorique puissante, celui d’une poignée de compagnons réunis dans une intime communion.

– Nathalie Lemière-Delage : Le démon de la biographie. La tentation de T. E. Lawrence.

Cet article étudie cette tentative avortée que constitua Le Démon de l’absolu en s’attachant, d’une part, au biographé, avec un portrait nettement métaphysique ; d’autre part, au biographique, avec l’écriture de l’aventure lawrencienne, ainsi que la biographie en tant que genre spécifique, dont les contraintes furent analysées par André Malraux, puis rejetées parce qu’antithétiques à sa création. L’aporie sera dépassée par Antimémoires, qui doit beaucoup au Démon de l’absolu.

– Sylvie Howlett : « Pensez à ce que serait la biographie de Stavroguine ! ».

Pour justifier l’abandon du Démon de l’absolu, André Malraux ironise sur « ce que serait la biographie de Stavroguine ». Seul Dostoïevski aurait pu sublimer Les Sept Piliers et en faire le moteur d’une interrogation philosophique et compositionnelle. T.E. Lawrence se mue en personnage conceptuel et en idiot slave pour la fabrique du réel de la Révolte arabe. Ces concepts deleuziens éclairent la démarche de Malraux qui, par sa biofiction karamazovienne, trouve sa voix et la matrice d’Antimémoires.

– Myriam Sunnen : Les moutons de Giotto, la correspondance de Van Gogh et les pantoufles de Balzac. Malraux et les « vies d’artistes ». 

Après avoir montré à travers des passages de Néocritique que l’attitude de Malraux à l’égard de la biographie est moins négative qu’il ne l’a suggéré ailleurs, cet article se propose d’analyser la présence d’éléments biographiques dans les écrits esthétiques. Ils permettent en effet de comprendre les incompatibilités entre l’approche biographique de l’art et la conception malrucienne de la création, tout en témoignant de l’intérêt d’André Malraux pour certains aspects de la vie des grands peintres.

– Joël Loehr : « Le dernier Malraux ». 

« Une autre biographie va-t-elle se créer face à celle que nous connaissons ? », se demande André Malraux qui mesure l’échec de la biographie traditionnelle à l’heure où l’individu a été pulvérisé, le temps chronologique attaqué, l’ambition de totalisation périmée. Il a toujours récusé les philosophies du conditionnement qui soumettent l’œuvre à la vie. L’hétérobiographie qu’il appelle de ses vœux croise d’une part le genre immémorial du dialogue des morts, d’autre part le genre moderne du colloque.

Index des noms. 

Index des oeuvres.

Résumés/Abstracts.

(Source: Fabula.org – La Recherche en Littérature)

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *