Hans RENDERS & Binne de Haan, eds. : Theoretical Discussions of Biography.

theoretical discussions of biographyHans RENDERS & Binne de Haan, eds. — Theoretical Discussions of Biography. Approaches from History, Microhistory, and Life Writing.
(Lewiston (BY) & Lampeter (UK): The Edwin Mellen Press, 2013, xi + 433 pp., 159,99€).
Revised edition : Amsterdam : Brill Academic Publishers, 2014, 273 pages, ISBN-10: 9004270140, ISBN-13: 978-9004270145, 121, 13€.

 

par Joanny Moulin (Aix-Marseille Université) — Études anglaises 67.4 (2014): 128

J. W. Hans Renders, professeur d’histoire et de théorie de la biographie et directeur du Biography Institute à l’université de Groningen (Pays-Bas), s’associe au postdoctorant Binne de Haan pour éditer ce recueil d’articles contribuant à animer la recherche dans le champ disciplinaire émergent des études biographiques. Cette anthologie brille davantage encore par la renommée de ses auteurs que par le caractère innovant des textes proposés. Chacun de ces 20 articles, dont pas moins de 7 sont signés de Hans Renders, est soit issu d’une contribution à quelque colloque, soit la réédition ou la traduction d’un texte précédemment publié en quelque autre occasion. L’ensemble est encadré par une préface et une postface de Nigel Hamilton, biographe, Senior Fellow à l’Université du Massachusetts et premier président de la Biographers International Organization, qui fait l’apologie de la biographie et du développement des études biographiques comme discipline universitaire. Le volume se divise en trois parties dont les contenus respectifs sont indiqués dans le sous-titre de l’ouvrage. La thèse soutenue par les éditeurs scientifiques est que la biographie comme domaine de recherche appartient à l’histoire : ils entendent ainsi la soustraire au contexte sociologique où la microhistoire et le « Life Writing » (« récit de vie ») sont devenus une méthode par laquelle l’individu est considéré comme représentant d’un groupe. Ils entendent explicitement contribuer à l’émergence des études biographiques comme nouvelle discipline à part entière. Tous les textes ont en commun de tendre à retracer l’historique de cette émergence, contemporaine de celle de la microhistoire, qui se cristallise particulièrement depuis les dernières décennies du XXe siècle. Dans la première partie, Renders souligne, sans en pousser très loin l’analyse, deux directions de recherche très prometteuses, sur lesquelles il revient dans d’autres articles : d’une part l’articulation de la biographie aux discours nationaux — qui dans le contexte néerlandais prend un relief particulier du fait de la notion de « pilarisation », qui organise la perception de la société hollandaise en fonction de ses « piliers », catholique, protestant, et socialiste — d’autre part la proximité méthodologique de la biographie et du journalisme, du biographe et de l’écrivain-reporter, dont Mirecourt et Barbey d’Aurevilly sont des épitomés. La deuxième partie regroupe des contributions d’historiens de grande renommée internationale, qui sont les principales figures de la microhistoire : Giovanni Levi (Université de Venise), Carlo Ginzburg (Universités de Bologne, de Californie, et Scuola Normale Superiore de Pise), Matti Peltonen (Université de Helsinki), et Sabina Loriga (École des hautes études en sciences sociales) dont les travaux définissent le courant de l’histoire biographique. Levi propose une typographie des façons dont les historiens ont abordé le problème de la biographie. Ginzburg a des pages stimulantes, en particulier sur la critique du hapax legomenon (entendu au sens d’unicité documentaire) par François Furet. On remarquera tout particulièrement les considérations de Peltonen sur le « evidentiary paradigm » — paradigma indiziario de Ginzburg — ou « méthode des indices », qui théorise la recherche microhistorique comme une cynégétique. On s’arrêtera plus longuement sur les réflexions approfondies de Loriga quant au destin du concept d’individu dans l’histoire des sciences humaines aux XIXe et XXe siècles, et son effacement par les paradigmes dominants en histoire et en sociologie, sur lequel elle entend revenir, en s’appuyant sur la tradition allemande de la science de l’esprit, de Humboldt à Dilthey. La troisième partie regroupe des textes qui, dans leur louable effort pour distinguer les études biographiques du « Life Writing », n’évitent pas toujours la polémique. Il convient de rappeler ici que le Life Writing existe dans les pays anglo-saxons comme une discipline universitaire, mais plus exactement comme une branche méthodologique des Cultural Studies, un peu comme en France les « récits de vie » se sont développés comme méthode ancillaire dans les sciences humaines. Force est de constater que le Life Writing, en tant qu’il demeure un asservissement de l’(auto-)biographie — la distinction entre autobiographie et biographie n’y est en effet guère pertinente — n’a rien fait pour développer la théorisation des études biographiques, à laquelle il constitue au contraire un obstacle. En conclusion, il convient de saluer les grands mérites de cet ouvrage fort bien fait, en dépit de quelques scories linguistiques qui sont le péché mignon de The Edwin Mellen Press, mais rapidement corrigées dans l’édition révisée publiée par la maison Brill : reliure cousue à l’ancienne, bibliographie abondante, notes précises sur les contributeurs et les textes, index détaillé, cahier d’illustrations légendé, où l’on admirera particulièrement deux reproductions en couleur de tableaux d’Umberto Boccioni, illustrant l’article de Ginzburg, qui mieux qu’un long discours ouvrent une fenêtre sur la question cruciale du sujet humain.

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